Si vous me suivez déjà sur Instagram, vous connaissez déjà mon addiction très prononcée pour les Caladiums depuis quelques années!
Vous avez certainement vu passer dans mon feed de nombreuses variétés comme le merveilleux Spring Flying
et ses feuilles roses presque transparentes :

Ou encore le magnifique White Queen et son coeur rose :

Je voue une véritable fascination pour ces jolies feuilles bariolées et pour ne rien arranger, les variétés sont tellement nombreuses qu'on a tout de suite envie de commencer à les collectionner…
Au début de ma collection, c'était une véritable mission de s'en procurer en France et la frustration était d'autant plus grande en voyant nos voisins Américains et leurs champs de caladiums en Floride ou la diversité des couleurs et des motifs des Thaïlandais.

Quand on pense que la découverte et la commercialisation du caladium est à l'origine une histoire française, il y a de quoi rager !

L'histoire du Caladium est d'ailleurs passionnante et très peu connue, au fil de mes recherches, voici ce que j'ai pu trouver et que j'aimerais partager avec vous :

Tout commença en 1767, avec Philibert Commerson (portrait ci-dessus). Médecin et naturaliste français, il est passionné de botanique, on dit même que cet homme était tellement dévoré par cette passion que dans sa jeunesse il n'hésitait pas à chaparder plantes et fruits dans le jardin des plantes de Montpellier, où il étudiait, au point que son prof de botanique lui en interdisit l'accès.
En 1766, Louis Antoine de Bougainville missionné par le Roi Louis XV pour un tour du monde invite Commerson à rejoindre l'expédition.
Il embarque sur le navire l'Étoile et arrive en mai 1767 à Rio de Janeiro.
Pendant cette escale sud américaine il découvre, collecte et met en herbier pas moins de 1800 espèces végétales dont notre fameux Caladium classé à l'époque dans la famille des Arums.

En 1785, Emile Paul Ventenat, alors professeur au jardin des plantes de Paris, étudie cette plante et la trouve complètement différente de l'Arum, il la reclassifie en Caladium. Son nom lui viendrait du grec « kalos » qui signifie « beau », ce qui est certainement dû à son magnifique feuillage.

En 1858, Antoine Chantin, horticulteur à Paris, reçoit de trois voyageurs, les deux cousins Baraquin et monsieur Petit, des tubercules de 8 caladiums différents dont voici la liste et les descriptions :

  • C. argyrites. Ch. Lem. 1857. Para.
    Feuilles petites, sagittées, à fond vert tendre, blanches au centre et sur les bords, parsemées sur tout le limbe de taches blanches irrégulières. Charmante petite espèce ;
  • C. Chantini. Ch. Lem., 1857 Para.
    Feuilles entièrement carmin brillant, maculées de blanc et bordées de vert foncé ;
  • C. Neumanni. Ch. Lem., 1857. Para.
  • C. Brongniarti. Ch. Lem., 1857. Para.
  • C. argyrospilum. Ch. Lem., 1857. Para.
  • C. Verschaffelti. Ch. Lem., 1857. Para. Feuilles un peu cordiformes, vert brillant foncé irrégulièrement tachées de rouge vif ;
  • C. Houlleti. Ch. Lem., 1857. Para.
  • C. thripedestum. Ch. Lem., 1857. Para.
  • C. marmoratum. Ch. Lem., 1857. Para.

Il les cultive et sera le tout premier à mettre en commercialisation le Caladium.

En 1861, Monsieur Bleu (ci-dessus, portrait) qui était alors pharmacien à Paris et horticulteur amateur, s'intéresse à la micrographie, et décide de se pencher sur le grand mystère de la fécondation des plantes. Il en étudie le pollen, les graines et la germination.

Après des tests de croisement très concluants sur les Begonias Rex, il décide d'étudier la fécondation du Caladium que l'on considérait à cette époque comme ne devant se propager que par division de tubercules.

Il commence alors a cultiver des Caladiums, il obtient les premières graines et fait les premiers semis très rapidement en septembre 1862.

Il possédait à l'époque les caladiums suivant :

  • C. Brongniarti
  • C. Chantini
  • C. Argyrospilum
  • C. Bicolor
  • C. Neumanni
  • C. Pœcile
  • C. Anglais
  • C. Hastatum
  • C. Verschaffelti.
  • C. Belleymei
  • C. Argyrites
  • C. Testoni
  • C. Baraquini
  • C. TroubetsTcoy
  • C. Picturatum.

qu'il hybrida, donnant de nombreuses variétés comme :

  • C. Duc de Ratibor
  • C. Agrippine Dimitri
  • C. Meyer
  • C. Prince Albert-Edouard
  • C. Leplay

En 1863, il fit part de ses recherches à la société impériale et centrale d'horticulture, qui se réunit afin de faire l'examen des hybrides de M. Bleu.
Mais ne voulant pas révéler les secrets de son procédé à la commission et n'étant qu'un amateur, ils prirent la décision de ne pas faire de rapport écrit sur le sujet.

En septembre 1864, lors d'un concours d'horticulteurs amateurs de la Société Impériale et Centrale d'Horticulture M. Bleu propose deux de ses Caladiums, mais voulant donner le moins d'informations possible sur ses techniques d'hybridation, le jury ne lui remettra finalement aucun prix, seulement de simples remerciements.

Cependant les caladiums de M. Bleu commençait à intéresser de nombreux horticulteurs, il continua avec ardeur ses croisements et il obtint de nouvelles variétés :

  • C. Duc de Ratibor
  • C. Agrippine Dimitri
  • C. Meyerbeer
  • C. Prince Albert-Edouard
  • C. Leplay

Il les présente à l'Exposition Universelle de Paris en 1867 où il remporte enfin un véritable succès auprès du public et des professionnels, il obtient même plusieurs prix lors de l'exposition.
La grande mode des Caladiums était en train de débuter, le public était impressionné par ces feuillages bariolés, comme peint à la main et ces transparences qui leurs donnent un air presque irréel !
Ces magnifiques Caladiums inspirèrent même l'écrivain Huysmans dans son livre « À rebours » où il décrit à sa manière la collection de M. Bleu.

Si on reprend les termes d’aujourd’hui on peut dire que Alfred Bleu devint alors un véritable influenceur !

Grâce à lui et ses magnifiques hybrides, on commence à voir pousser de magnifiques Caladiums dans les serres des passionnés d'horticulture.

À cette époque on estime que le Caladium n'est bon qu'à orner les serres mais en 1881, M. Boissard, le jardinier de la Baronne Alice de Rothschild, grande amatrice de plantes, décide de les installer en tant que plante d'appartement. Il découvre alors que celles-ci se comportent parfaitement et conservent leurs magnifiques couleurs dans les pièces lumineuses.
Le Caladium fit donc sa grande arrivée dans nos intérieurs.

À cette époque, les expositions coloniales sont très en vogue à travers le monde et chaque exposition est l'occasion de faire de nouvelles découvertes végétales pour le grand public.
C'est comme cela qu'en 1893, le Caladium est présenté au public et introduit aux États-Unis par Adolph Leitze, lors de l'exposition Universelle de Chicago. Ainsi commença sa grande épopée Américaine !

Au début des années 1900, le Roi Rama V alors qui régnait sur le Siam (nom de la Thaïlande à l'époque) entreprend plusieurs visites en Europe et ramène de ses voyages le fameux caladium dans son pays.
Le Caladium sera pendant de très nombreuses années cultivé secrètement pour le plaisir du Roi et de ses proches dans le parc du palais et finira tout doucement par être partagé avec quelques amis de la famille royale.

En 1901, en pleine gloire du Caladium en France après 40 années dédié à cette plante le grand Alfred Bleu décède et laisse endeuillé le monde de l'horticulture.
Quelques années plus tard, la première guerre mondiale, ravage l'Europe, beaucoup de jardins et de cultures sont saccagés et les collections s'amenuisent peu à peu…

Outre Atlantique, vers 1917, Henry Nehrling ornithologue et horticulteur amateur (ci-dessus, portrait), commence à s'intéresser aux travaux de Adolph Leitze, il commence à son tour l'hybridation du Caladium et se passionne pour la culture de cette plante qu'il cultive sous le climat de Floride qui lui convient parfaitement.
Théodore Luqueer Mead, naturaliste et horticulteur américain porte lui aussi son intérêt sur le Caladium, il collabore avec Henry Nehrling et met au point une nouvelle variété, de plus petite taille, à feuille sagittée dites « Lance » plus adaptée à la culture en pot.
Grâce à eux, le Caladium se démocratise et devient une plante incontournable aux États-Unis!

De nombreux horticulteurs de Floride, suivent leurs traces et se lancent dans la culture de cette plante tout particulièrement dans la région de Lake Placide qui deviendra rapidement la capitale mondiale du Caladium et qui fournit encore de nos jours plus de 95% de la production mondiale.

En 1976, le Caladium est tellement populaire et fait complètement parti du paysage dans la région de Lake Placide que l'Université de Floride y installe ses propres cultures afin d'étudier cette fabuleuse plante.
Depuis 25 ans, en juillet, le festival du Caladium a même lieu à Lake Placide et réuni les plus beaux spécimens des États-Unis.

Du côté de la Thaïlande, le Caladium, réservé pendant longtemps à une certaine classe, commence doucement à être disponible à la vente pour le grand public, on voit naître alors de nouveaux hybrides parfaitement adaptés à la culture en pot ; le tubercule est plus petit, le feuillage est plus réduit et plus arrondi que son cousin Américain mais les couleurs et motifs des hybrides thaïlandais sont surréalistes, un véritable travail d'artiste !
Il devient tellement populaire qu'en 1981, un Commandant de la police Thaïlandaise, le Général Poj Boonyajinda a créé l'Association du Caladium de Thaïlande.
Les caladiums Thaïlandais, sont aujourd'hui extrêmement convoités par les collectionneurs friands de nouveautés et de raretés !

Aujourd'hui, après avoir été longtemps oublié par les Français, le Caladium fait son grand retour en France et les réseaux sociaux n'y sont pas pour rien !

Si, en Amérique, il est devenu tellement accessible et commun qu'il tapisse jardinières et plates-bandes par milliers, ici, pendant des dizaines d'années le moindre petit tubercule était extrêmement difficile à trouver dans le commerce ! Il fallait soit les faire venir de l'étranger soit procéder à des échanges avec d'autres collectionneurs.

Et c'est de cette façon que j'ai commencé ma petite collection…
Grâce à Instagram, qui abrite aujourd'hui une formidable communauté d'amoureux des plantes, j'ai pu partager quelques clichés de mes précieux petits caladiums durement trouvés et j'ai eu la chance d’y rencontrer d'autres collectionneurs et de pouvoir acquérir d'autres variétés.

En ouvrant ma propre boutique en 2017, il était évident pour moi que l'on y proposerait des Caladiums mais les fournisseurs étaient encore difficile à dénicher et nous ne pouvions proposer que quelques Caladiums en éditions extrêmement limitées.

Mais à force de recherches et d'acharnement, nous avons réussi à organiser notre première vente de tubercules de Caladium en février 2019, avec une sélection de 12 variétés différentes:

  • C. Miss muffet,
  • C. Candidum
  • C. Brandy Wine
  • C. Aaron
  • C. White queen
  • C. Red flash
  • C. Elise
  • C. White christmas
  • C. Spring flying
  • C. Fannie munson
  • C. Carolyn whorton
  • C. Frida hemple

Cette vente fut un véritable évènement pour notre petite communauté de collectionneurs et dès le premier jour la boutique a été prise d'assaut !
À croire qu'il avait à nouveau autant de succès en France qu'un siècle auparavant.

Nous avons été ravis de pouvoir partager avec nos clients une si large variété et de suivre, via Instagram, toutes les étapes de l'achat à la germination puis à l'épanouissement des plants chez eux, grace à cela nous avons pu profiter d'un feed bien coloré du printemps à l'automne !

Il était donc bien évident qu'après un tel succès, nos chers tubercules s'inviteraient chaque hiver pour une nouvelle vente, ils seront donc à nouveau disponible à la vente au début du mois de février 2020 !
Et cette année, pour notre plus grand bonheur, 18 nouvelles variétés viennent s'ajouter à la liste des 12 déjà sélectionnées la saison précédente !

J'ai tellement hâte de vous les faire découvrir !
Et pour vous préparer au mieux à l’arrivée de ces nouveaux tubercules et mettre toutes les chances de votre côté pour que la germination et la culture se passe au mieux je vous ai concocté une petite série d'articles qui sortiront dans les prochains jours !